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Filet Hadjaraye

FILET-HAu Tchad, dans la bande sahélienne, les dégâts causés par les oiseaux granivores sur les cultures céréalières sont importants. Ils sont estimés dans l’ordre de 17 à 36% ,soit 10 735 t pour une valeur perdue de 248 319 000 F CFA par an. Face à l’ampleur de ces dégâts qui pèsent lourdement sur la sécurité alimentaire des production et influence négativement l’économie nationale, le Tchad n’arrive pas à venir à bout de ces destructeurs avec la méthode de lutte chimique adopté aux conséquences souvent néfastes sur la santé des producteurs.

Des cas d’intoxication suivis parfois de décès des manipulateurs des produits chimiques ont d’ailleurs été enregistrés.

Pourtant ce ne sont pas des savoirs locaux en matière de lutte qui manque. Dans les zones d’intervention du projet par exemple, les producteurs à défaut des moyens colossaux pratiquent les méthodes
de gardiennage, dénichage, ébranchages des arbres reposoirs et éffarouchages mais avec des résultats peu performants. La capture aux filets de confection locale ou filets hadjaraye comme méthode de lutte traditionnelle est due point de vue environnemental et économique assez performante.

Filet “Hadjaraye” en question

Il est constitué de deux parties : le filet et les perches. Il est tissé au fil en nylon n°45 trempé dans une solution de 1,5 kg de sucre pour stabiliser les mailles. Les mailles ont une dimension d’un doigt. Ce filet est de forme triangulaire avec une poche à la base. Les dimensions du filet sont variables (3 à 4 m de haut et 1, 80 m à 2 m de large) en fonction de la taille et de la force du piégeur. Il est bordé d’un fil n°60 en nylon (fil de bordure) pour le montage. Trois fils d’attache sur chacun des sommets permettent de fixer le filet sur les perches. Elles sont taillées à partir de bambous ou des branches d’Eucalyptus. Leurs dimensions sont légèrement supérieures à celles du filet. Les perches portent à leur extrémité des encoches pour la tension des fils d’attache du filet. Les perches sont rassemblées à leur base par un fil rassembleur. Le filet est ensuite enfilé en quinconce sur les perches par les fils de bordure. Le fil de la poche est attaché sur le fil rassembleur des perches, tandis que les deux autres permettent de fixer le filet sur le sommet des perches au niveau des encoches.

Utilisation

Le filet est utilisé pendant les nuits la nuit (sans lune) suivant deux principales positions:la position au sol et la position sur dos. Ces positions de capture dépendent de la hauteur du couvert végétal du dortoir. Il est mieux valoriser lorsque la hauteur de l’arbre est petite (4 m). Assisté de deux aides, le maître piégeur repère la forte concentration d’oiseaux sur l’arbre, lui tourne le dos, déploie son filet en éventail, prend appui des deux perches sur son ventre et d’un geste rapide, le rabat en refermant rapidement les perches pour empêcher les oiseaux de s’échapper. Il secoue son filet pour tasser les oiseaux dans la poche, le vide dans un sac tenu par l’un de ses aides. Il débarrasse le filet des épines qui s’y accrochent, puis continue la même opération sur d’autres arbres. Lorsque l’arbre est assez haut (6m), le piégeur monte en posant un pied sur le dos de deux aides qui, courbés, prennent appui au sol chacun avec un bâton. Il peut aussi monter sur les épaules. L’opération se fait par les mêmes gestes que ceux exécutés au sol.

Performance du filet hadjaraye

Avec un filet, une équipe de lutte constituée d’un piégeur appuyé de 2 à 3 aides peut capturer en une nuit, sept (7) sacs de 100 Kg contenant chacun six mille (6000) oiseaux en moyenne. Les oiseaux capturés sont déplumés, précuits et vendus aux marchés pour la consommation. c’est aujourd’hui un gain important de céréales qui se fait avec cette méthode de lutte propre, non polluante.

Limites des filets

Il ne peut être utilisé que dans les arbres de taille inférieure ou égale à six (6m), ce qui limite son emploi dans les dortoirs arborés de grande taille ; La position sur dos s’avère pénible pour les aides durant toute l’opération du maître piégeur pour monter, chercher l’équilibre, prendre l’élan de rabattage du filet et enfin descendre au sol ; Le manque de kit adéquat pour les piégeurs qui opèrent en pleine nuit dans les épineux et les souches qui les lacèrent et les blessent, sans compter les serpents à la chasse des oiseaux, parfois des lions. Les pesanteurs socio culturelles qui bloquent son développement (la chasse et surtout la capture au filet sont considérées comme activité dégradante réservée à certaines castes de populations)